Tout d'un coup, le ciel s'assombrit, Il commence a pleuvoir. Un grain, pensons-nous, comme nous en avons l'habitude depuis que la saison cyclonique a commence.
Mais la pluie tombe de plus en plus fort. Puis c'est au tour du vent de se lever, vite et fort... 25 noeuds, puis 35, 40 noeuds... La chaine de l'ancre tire, le bateau commence a deraper. On met les moteurs pour soutenir la chaine.
Mais cela n'est pas tres important compare au fait que les enfants sont seuls sur la plage. On les distingue a peine. Ils se refugient sous un parasol pourant solidement ancre mais qui menace de s'envoler. Puis on les apercoit qui retournent dans la mer.
Nous sommes a la barre en train de controler la tenue du bateau. La pluie nous pique tellement qu'il est impossible de fixer le regard sur un point au loin.La houle est forte, le vent, passe a 45 noeuds, est devenu d'une violence inouie.
Impossible d'aller chercher les enfants. Soudain, on ne les voit plus, on imagine qu'ils sont partis se refugier dans la seule maison de la plage. Nous sommes vaiment inquiets pour eux. Claudie a du mal a contenir son angoisse...
Cela fait maintenant 45 minutes que la tempete sevit.
Puis, une legere acalmie s'amorce, le temps pour Etienne de sauter dans le dinghy pour partir a leur rencontre, face au vent. Pendant ce temps, Claudie est a la barre et se debat avec les moteurs, la pluie diluvienne en pleine figure, pour soutenir la chaine, et controler la situation car le bateau devant nous derape aussi.
Etienne revient avec les enfants en dinghy. L'accostage sur le bateau est sportif.
Mais nous sommes tous reunis a bord. C'est l'essentiel. Le vent se calme petit a petit... pour revenir a 20 noeuds. Cette onde tropicale a dure en tout et pour tout 1h... Mais quelle heure !
Les enfants calmes, rechauffes avec un chocolat chaud, nous racontent leur frayeur... et la facon incroyable dont ils ont reagi sur la plage :
L'enorme parasol ancre dans le sable sous lequel ils se sont refugies menace de tomber. Ils ont froid et decident de se mettre dans l'eau pour se rechauffer. Puis le tonnerre grondant, ils se sont rappeles qu'il ne fallait jamais rester dans l'eau en cas de foudre car l'eau salee est conductrice. Ils sont donc sortis de la mer mais la pluie les fouettait et les piquait tellement fort qu'ils ont decide de se refugier sur la terrasse de la seule maison de l'ile. Une dame les a recueillis et les a seches. Puis ils ont vu Etienne partir du Chat Beaute en dinghy. Lucas a dit "super, papa arrive" et Julie a repondu "mais il est fou, il ne va pas pouvoir avancer vu l'etat de la mer !"
Leur sang froid a ete incroyable, bravo les p'tits loups !
Une onde tropicale est par definition un phenomene de courte duree, mais tres violent et assez imprevisible. Nous sommes en saison cyclonique (le cyclone, Bertha, est en train de sevir dans l'Atlantique et nous avons suivi de pres son evolution). Mais nous sommes au sud de Grenade, donc en zone non cyclonique en theorie. En revanche, les ondes tropicales risquent d'etre frequentes dans la region.
Au mouillage, il faut mettre ses moteurs en marche pour soutenir l'ancre.
En navigation, la mesure de prudence est d'affaler les voiles, se mettre en vent arriere... et attendre que l'onde passe !
Le calme apres la tempete... Le ciel s'eclaircit, et la VHF commence a crepiter. Les bateaux s'appellent pour savoir si tout va bien ou si quelqu'un a besoin de secours. 'Zino', un bateaucopain mouille a quelques miles de nous dans une autre baie, est parti secourir un bateau qui a derape (ses moteurs ne demarraient pas) et l'a tracte jusqu'a une bouee pour s'amarrer solidement en cas de recidive.
Malgre la fin de l'onde, on sent encore une lourdeur dans l'atmosphere... qui ne s'attenuera qu'en fin de journee.